L’agent Perdreau est un londonien de pure souche ; pas comme
le fox-terrier de sa grand-mère qui a du sang italien par sa mère. Fin limier
de la police locale, Perdreau a souvent démontré des capacités démentielles
pour déloger des voyous ou des lynx évadés d’un cirque ambulant ou des punks
hybrides déguisés en députés du Labour Party.
Mis à part l’action policière, son autre passion est le cricket. L'agent
Perdreau a longuement joué dans l’équipe des vétérans des Indes, et ce malgré
son âge relativement jeune et son inexpérience en indouisme (il confond
l’indouisme avec la pepsine !).
Le cricket se joue entre deux équipes de onze joueurs plus un
douzième joueur prévu en cas de défaillance ou de mariage impromptu, sur un
terrain ovale généralement en gazon, qui mesure 135 mètres sur 150 sans compter
les douches. Jusque là ça va, on peut comprendre, mais après les règles
deviennent absolument incompréhensibles. Les équipes sont normalement composées
de joueurs ayant des qualités complémentaires : certains sont plutôt de
bons batteurs (batsmen), d'autres plutôt des lanceurs (bowlers),
et il y a aussi un type qui prépare les toasts et une jeune femme qui répond au
téléphone avec un accent croate. Un batteur qui est aussi lanceur peut jouer au
cricket, mais sans doute pas dans le championnat. La rencontre est divisée en innings(tours
de batte, manches ou périodes). Les équipes jouent leurs manches
consécutivement. L'équipe qui batte (qui attaque) est dite in. Le but de
l'équipe in est de marquer le plus grand nombre de points (runs)
en évitant de s’endormir ou d’écrire des cartes postales.
L'équipe adverse (qui défend) tente de l'en empêcher en éliminant
les batteurs adverses aussi vite que possible ou, à tout le moins, en les
empêchant de marquer des points. Pour cela il y a plusieurs options :
croc-en-jambe, tarte à la crème, trou caché, piranha, belle-mère plaqueuse,
etc… Si les dix batteurs d'une équipe sont éliminés, cette équipe est dite all
out, le dernier batteur, restant seul, étant not out. Mais s’il
reste seul plusieurs jours de suite, il est considéré comme perdu.
L'équipe qui batte peut marquer des points de plusieurs
manières :
1. Chaque
fois que les deux batteurs échangent leurs positions — généralement en courant
ou en sautant s’il s’agit de kangourous — et que les guichets restent intacts,
un point est marqué. Si un seul échange de positions a lieu, alors c'est un single(point unique). Pour deux échanges, c'est un double, trois échanges, un triple.
Il n'y a pas de nom particulier pour plus de trois échanges, situation qui
reste relativement rare et qui résulte souvent de balles mal retournées vers
les guichets par les chasseurs (overthrows) ; l’agent Perdreau
avait trouvé un nom pour cette situation : Tu l’as dans le pif !.
2. Si
la balle sort de la limite (boundary) du terrain et qu'elle a touché le
sol avant de sortir, quatre points sont marqués. C'est ce qu'on appelle un four.
Si la balle n'a pas touché le sol, six points sont marqués. Logiquement, c'est
un six. Une célèbre phrase de l’agent Perdreau : « J’ai fait
un four qui aurait pu être un six ! »
Si le batteur a touché la balle avec sa
batte ou la main tenant la batte, les points lui sont personnellement
crédités ; s’il touche avec la langue, ce n’est pas bon. Sinon, ils le
sont à l'équipe sous le nom d'extras (byes si la balle n'a pas
été touchée, leg bye si la balle a touché le corps ou l'équipement du
batteur, ou encore no ball ou wide).
Au cricket, un comportement honorable est requis
de la part de tous les joueurs. Selon les règlements de l'ICC, les joueurs
peuvent voir leur ticket de bus confisqué, leur salaire diminué ou être
suspendus pendant un certain nombre de matchs, voire d'années ; l’agent
Perdreau a été une fois suspendu pour six mois parce qu’il avait emmené un
poulet avec lui sur le terrain. L'ICC nomme un arbitre général pour chaque
test-match et chaque ODI. Cet arbitre n'a aucun pouvoir durant le jeu, il ne
peut même pas se faire griller du jambon, il s'agit plus d'un officiel chargé
du bon déroulement du match. Il peut recevoir les requêtes des joueurs, des
officiels de chaque équipe, et des arbitres, ou encore des femmes des arbitres.
Il peut auditionner les parties en conflit, infliger aux joueurs des amendes proportionnelles
à leur prime de match, mais ne pas les obliger à se mettre en slip. L'arbitre
de match peut également demander l'intervention d'un organe supérieur ou du
chef de l’église anglicane, qui peut infliger des sanctions allant jusqu'à la
suspension à vie ou une nuit avec Paris Hilton...
L’agent Perdreau a résolu une grande
affaire la semaine dernière. Par hasard et grâce à sa grand-mère qui avait
entendu des bruits bizarres au-dessus de son studio à Londres ; elle
entendait une voix qui répétait sans cesse : « Où j’ai fichu cette
sacrée bombe !? »
Le vendredi, le magnifique agent
interrogeait encore une trentaine de suspects qui auraient pu perpétrer
plusieurs attentats dans des avions américains entre Londres et les Etats-Unis
s'ils n'avaient pas été arrêtés. Scotland Yard, sous l’impulsion de
Perdreau, en a interpellé 24, dans la nuit de mercredi à jeudi, à
Londres, dans sa banlieue, et à Birmingham, et la police pakistanaise a ajouté
ce vendredi que sept personnes, dont deux Britanniques d'origine pakistanaise,
avaient été arrêtées la semaine dernière au Pakistan, ce qui aurait permis de
mettre au jour ce complot. Ont-ils des liens avec Al-Qaïda ? D'après l’agent
Perdreau, 19 d'entre eux sont britanniques, comme les auteurs des attentats
suicide du 7 juillet 2005 dans les transports publics de Londres. Ils sont âgés
de 17 à 35 ans, et la plupart ont autour de 25 ans, bien que tous soient
liftés. Tous portent des noms à consonance d'Asie du sud, sauf un qui s’appelle
Alvarez. Deux d'entre eux avaient abandonné leurs prénoms occidentaux (Robert
et Micheline) après leur conversion à l'islam. Le profil des interpellés est
varié. On compte notamment un maçon, un employé de pizzeria, un sauteur à la
perche, un Colonel Moutarde à plein temps et un vigile de magasin de location
de tondeuses à gazon, mais aussi un étudiant en perce-oreille, ou encore deux
frères, vendeurs de voitures d'occasion en pièces détachées, qui se prétendent
siamois et sont scotchés de la tête aux pieds.
La police veut maintenir les suspects 28
jours en garde à vue en leur faisant écouter en boucle un disque de Elton John
avant de les inculper éventuellement et de leur demander de faire la vaisselle.
Entre six et dix-sept appareils étaient visés selon des sources officieuses
(Flavie Flament), mais on ignore si les explosions étaient prévues au-dessus de
l'Angleterre, en plein vol transatlantique où à l'arrivée aux Etats-Unis.
Toujours selon ces sources, des explosifs liquides devaient être dissimulés
dans des bouteilles de boissons énergétiques et des pots de yaourts à la banane
emportés par les suspects dans leurs bagages à main ou sous leurs perruques.
Comment s’est débrouillé l’agent Perdreau
pour mettre à jour ce réseau terroriste ? C’est très simple, sur les
conseils intempestifs de sa grand-mère il est monté à l’étage du dessus, il a
frappé à la porte en hurlant : « Ouvrez ! Police ! »
Alors, un type surprenant a ouvert la porte en marmonnant : « Ce
n’est pas moi qui ai fabriqué les bombes, c’est Tony Le Rat. » Perdreau a
immédiatement compris qu’il se passait quelque chose de pas très net… Narrer
les enquêtes de l’agent Perdreau prendrait énormément de temps ; surtout
si on y inclut ses recettes de cuisine et ses relations avec un célèbre toucan.
Nous y reviendrons un jour prochain…

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